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17 Mai 2012, St Pascal
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Toujours vivants !?

 

 Toujours vivants !? Il faut le dire vite…

Finalement, tous les maux "étranges" qui touchent les gens ici ont fini par nous rattraper…il faut dire que l’organisme est mis à rude épreuve, car l’environnement d’Auroville semble privilégié, mais malgré l’impression de « cloche à fromage », qu’elle soit psychologique, atmosphérique ou financière, on en reste pas moins être en Inde, pays où le terme « pollution » prend tout son sens après plusieurs mois. Pollution de l’air, de l’eau, du sol, pollution auditive incessante, pollution visuelle ; à chaque seconde une image vous ramène à la misère et la bêtise humaine(en tout cas l’ignorance), au mieux le beau côtoie la déchéance, et jour après jour, il est plus difficile de se lever, et la sensation de fatigue arrive toujours un peu plus tôt le soir, alors fatalement, l’incident arrive…

 Papy et mamy Pardon sont bien arrivés(ayant essuyé au départ une grève des aiguilleurs du ciel à Roissy, un problème technique d’avion et de fait, une correspondance loupée à Delhi. Bref, quelque chose comme 10 heures de retard, la routine made in India avec « Air India »,. Ce qu’ils ne savaient pas encore, tout en le redoutant, c’était ce qui les attendait pour le retour…), ainsi que les courageux cousins Thibault & Renaud pour qui tout s’est bien déroulé. Arrivage nocturne, qui facilite les choses car permet de se glisser au lit sans se poser de questions, et de se réveiller dans cet environnement si différent(ne serait-ce qu’environ 30 degrés d’amplitude thermique !) forts d’une bonne nuit de sommeil.

Les trois premiers jours, dégustation de saucisson sec, prise de connaissance et de repères d’Auroville, location des mobylettes et en voiture Simone, c’est parti sur les chapeaux de roue jusqu’à l’arrivée de Satish, notre ami et chauffeur pour l’« expédition » dans le sud de l’Inde, direction le Kerala. 

 1er jour, Papy,Mamy,Sandrine,Renaud et les enfants embarquent dans la jeep « Tata » de Satish vers 10h30, nous les suivrons en moto avec Thibault que deux heures après car nous avions réservé la moto que( !) 3 semaines auparavant, alors forcément il a fallu bataillé sec car tout le monde avait oublié(malgré un rappel quotidien tous les jours pendant 3 jours avant le départ !). Enfin bref, c’est culturel dirons-nous, et nous voilà partis sous la chaleur, à la poursuite des autres, destination Tanjore, 180 km. Départ pour les motards ; 12h30, arrivée ; 19h30 ! oui oui, 180 km, mais de piste ! Arrivée nocturne dans hôtel à nuits blanches, en un mot : glauque pour franchement cher, sans parler de l’accueil…caractéristiques flagrantes de nombre d’hôtels dans le sud. Enfin bref, lever tôt le lendemain l’histoire de visiter le temple local, et pouvoir prendre la route à la « fraîche ». Le temple de Brihadishwara de Tanjore est un véritable bijou, absolument pas coloré comme la plupart, de la pierre et de la belle, un assortiment de dentelle minérale sur une surface et dans des proportions dantesques, un enchantement aux mille et une photos. 9h30, fin de la visite avec le traditionnel « blessing elephant », et départ pour Maduraï.

 

                                                         

  Deuxième journée de route beaucoup plus rapide(moyenne indienne : 50km/heure), donc environ 4 heures, et arrivée à la ville avec, après plusieurs essais, obtention d’un bon hôtel, très propre et plutôt « design », pépite rare dans cette partie du monde, surtout pour le même prix que les autres. Visite du temple de Meenakshi de Maduraï : une ville dans la ville ! Des kilomètres de salles voûtées,  des milliers de piliers de style « dravidien », une population pharaonique se déplaçant(sans se perdre !) dans des dédales infinis de couloirs, corridors, immenses salles, escaliers, le tout décoré et mordoré de couleurs éclatantes : une hallucination permanente qui vous donne le vertige. Après deux heures de déambulation ; capitulation, les enfants sont épuisés et donc épuisants…retour à l’hôtel, dîner sur les toits de Maduraï, et dodo tant attendu. 

 

                                                                                                3ème jour, direction « Cap Comorin », sorte de lieu sacré géographiquement situé à la pointe sud de l’Inde, là où 3 mers se mélangent. Nous nous sommes donc baignés,face à cette immense statue construite sur les petites îles proches, à la fois dans la mer du Bengale, l’océan indien et la mer d’Oman, le tout dans une foule indienne amassée sur une minuscule plage aux multiples sortes de sable. La descente à la plage est bondée de boutiques à coquillages, on nage en plein tourisme, mais surtout prisé par les indiens…Comme d’hab’, hôtel médiocre, mais dîner et petit déjeuner continental au « sea ressort », l’hôtel de luxe à 500 mètres, en front de mer.  

 Le 4ème jour sonnera le glas, démarrant pourtant bien…Nous voilà prêts à démarrer pour nous rendre à Varkala et ses plages paradisiaques. En route, une halte improvisée à « fort palace », immense palais en bois de type Sino-indien japonisant, magnifique et enchanteur, un véritable labyrinthe de finesse et subtilité, conçu et amélioré par une dynastie de Maharadjas particulièrement précurseurs et esthètes. Vers midi, on repart à la recherche d’un lieu pour le lunch, et on trouve un super petit resto vraiment délicieux. La chaleur est au comble, Varkala encore loin, on décide donc avec Sandrine de partir en éclaireurs pour trouver un hôtel en arrivant, vu le nombre de villes à traverser, on aurait dû arriver bien en avance étant en deux roues…

Trivandrum, environ 14h, on se relève difficilement, Sandrine est les pieds en avant, la jambe gauche sous la moto, je suis étalé sur le flanc droit, la foule s’amasse, un policier, puis deux nous disent d’attendre l’ambulance, ils gèrent la situation de manière très professionnelle, il y a du sang, mais rien de vital, la peau et la chair pour ainsi dire nues, qui frottent sur le bitume, c’est impressionnant mais pas forcément dramatique, par contre,Sandrine à la main droite( !) vraiment pas belle à voir,et j’ai vraiment du mal à respirer, une douleur sourde dans les côtes de droite. Ce qui suit est un vrai film, du genre « Babel » d’Inaratù, traversée de Trivandrum dans le 4X4 de police, à fond, tout à l’arrière sur les strapontins, sur des routes et chemins cabossés(ce qui est un pléonasme en Inde !) je ne saurais dire si c’est l’accident ou le transport qui a occasionné le plus de dégâts…bref on arrive à l’hôpital…gouvernemental…à éviter. Après 10 minutes, j’y ai vu mon premier mort, un Saïdhou  au crâne défoncé, Sandrine qui commence à s’évanouir, au moins cinq personnes autour de nous, personne ne réagit, je l’attrape au vol, ce qui me rappelle vivement que mon flanc droit a bien reçu…bon, tout le monde est largué, il faut que je me reprenne, je me rappelle l’horreur que ressentent les indiens à la vue du sang, le fait qu’ils travaillent dans un hôpital n’y change rien, aussitôt je comprends qu’il me faut « driver » la situation, après tout, nettoyer les plaies et une radio pour mes côtes, le temps de donner les directives( !?) et je file faire une radio, tout est surréaliste, autant les locaux que l’attitude du corps « médical », y a-t-il vraiment un médecin dans le lot ? Bon, on se calme, l’idée que des gens viennent se faire soigner ici relativise nos états, on est un peu choqués mais mieux vaut sortir d’ici au plus vite que d’y croupir encore des heures sachant qu’il ne se passera rien de plus. La radio arrive assez vite, le médecin qui me gère(dans les 25 ans) me propose une piqûre anti-tétanique, j’y vois une possible amputation à venir, je refuse dans la seconde, lisant un total désappointement dans son regard. Il est assis avec ses collègues quand la radio arrive, j’avais prévenu de bien prendre la droite du thorax, la radio est centrée, voire axée sur la gauche, ben voyons, et lorsque le médecin décide de l’ausculter, assis, il la tend en direction du néon situé environ 4 mètres plus haut, au plafond…j’éclate de rire et me reprend dans la seconde, cela fait trop mal…C’est là que des hurlements déchirent l’inertie hallucinante de l’endroit : diagnostique ; accident de bus, femmes, enfants et gros gabarits qui hurlent tout ce qu’ils connaissent, les bras à l’équerre et les visages ensanglantés, on tire notre révérence, on a vraiment plus rien à faire là. Après un énième transfert d’énergie, on remonte dans le véhicule de la « traffic police » pour aller récupérer la moto, si elle est encore là…

Ah non, ce n’est pas possible, il faut d’abord aller faire un rapport au central ! Oh nom de diou, là c’est au bas mot encore une heure et demie de glandouille au poste, et la nuit qui approche, pas d’argent avec nous, et le terminus à une bonne heure de moto. Nous voilà à la « central police station », on attend pour passer devant le lieutenant, la moto devait nous attendre ici, mais rien bien sûr…et puis avec tout ça, ils ont fait un semblant de pansement à Sandrine, mais le reste de ses plaies, et la totalité des miennes sont à l’air, suintant à qui mieux mieux, heureusement tout de même que nous avions un portable, et avons pu rassurer les autres sur notre état de santé. Je passe les détails et en arrive au retour à la moto : 17h30      

 Comme nous, pratiquement indemne, quelques éraflures et la fourche légèrement voilée. Par contre, les cale-pieds droits sectionnés nets. Les policiers, qui au passage ne nous ont pas lâché une seule seconde, ce qui est bien réconfortant dans ces cas là, ne veulent pas nous laisser reprendre la route sans réparer les cale-pieds, ils nous accompagnent donc jusqu’à un réparateur, et après que l’on se soit confondus en remerciements, comprennent que l’on peu peut-être se débrouiller, on les salue chaleureusement, et se tournent vers le mécano : pas de possibilité de réparation, à croire qu’ils ont tous des actions dans l’hôtellerie locale ! Prendre la route la jambe(droite !) reposant sur à peu près rien ne m’enchante pas, surtout que l’adrénaline commence vraiment à se dissiper, laissant la place à la fatigue, la douleur et les tremblements, mais je pense à mes petits et invite Sandrine à monter en selle.

Une bonne heure après, on arrive à Varkala, de nuit, plus qu’un petit effort et on se posera pour plusieurs jours.

 L’hôtel que nous a trouvé Satish est nickel, propre, agréable, belle piscine et bonne table, le tout dans un cadre soigné à 300 mètres de la plage. Compte tenu des contusions, on ne profitera pas des eaux, mais les petits et la famille s’éclatent bien pendant que l’on panse nos plaies. Le lendemain, au petit déjeuner, Isaac se casse le nez violement, une horreur, le visage déformé comme celui d’un boxeur qui vient de terminer son 30ème round, face à un adversaire aux gants recouverts de papier de verre…là, je prends conscience que je viens d’atteindre une limite ; s’il arrive encore quelque chose à quelqu’un, je ne le supporterai pas.

     

 

Après 4 nuits de convalescence à Varkala, et un rétablissement en bonne voie du nez d’Isaac, direction tant attendue : croisière d’une journée et une nuit sur les célèbres « back waters » du Kerala. Arrivés à Alleppey, on embarque sur un de ces très beaux bateaux pour naviguer paisiblement sur ces grands canaux qui alimentent  et irriguent ce très verdoyant état de l’Inde(communiste et fort du plus haut taux d’alphabétisation en Inde : 91 %). Un peu de quiétude voilée par les douleurs encore fraîches, mais l’expérience est à vivre, encore que très onéreuse, et le service à bord est royal.

 

   Après cela, le trajet a duré encore trois jours et deux nuits, mais épuisés par la route, j’avais hâte de retrouver notre paisible maison à Auroville. Nous avons tout de même traversé quelques montagnes aux très belles et bien ordonnées plantations de thé et d’épices, jusque Periyar, puis fait une halte à Trichy, avec visite du temple, mais rien de comparable avec ceux des premiers jours. Enfin arrivés à Pondy puis Auroville le 28 janvier, Satish est resté avec nous un petit moment, puis est reparti rejoindre sa famille à Delhi, 4 ou 5  jours de route…Ah ces indiens !  

 Depuis tout ça, Papy et mamy Pardon sont repartis, un problème de billets à Chennaï, ce qui, apparemment, les a obligé à en racheter un pour Delhi, et une joyeuse grève de la SNCF en France, pour rentrer sur Lyon, que du bonheur quoi !

Les cousins prennent leurs marques et ont pris eux aussi leur petite gamelle, mais rien de bien grave(je ne suis pas sûr d’être autorisé à vendre la mèche auprès de leur infirmière de maman Chantal, mais voilà, c’est fait !) . Chez nous, on récupère tous du périple, on a beau dire, ce type de voyage n’est absolument pas adapté pour des enfants en bas âge, cela forme peut-être la jeunesse, mais est frustrant et épuisant sous bien des aspects pour les parents. Bref, il est temps que l’on rentre, si on le peut, on avancera peut-être le retour d’une semaine ou deux…sur ce les bons amis, désolés pour cette longue attente, et à bientôt d’une façon ou d’une autre.

Bons baisers de la planète Auroville…

 

 

 

                                                           


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J'kaz !
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Le Dimanche 07 Février 2010
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