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17 Mai 2012, St Pascal
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Lettre aux aurovilliens

 
 Lettre aux aurovilliens

 

Des fois, on aimerait dire aux aurovilliens qu’ils ne sont pas les uniques détenteurs de la conscience humaine, car ils semblent oublier la richesse de l’échange avec l’extérieur.

Ici, on se rend compte du temps qui passe à l’usure des lames de rasoir ou des brosses à dents, on ne décompte pas le temps en jours ni même en mois, mais en cycles…

Qu’avez-vous que nous n’ayons point ?

  • vous avez le Matrimandir, il y a des temples, des églises, des mosquées et autres lieux de culte partout dans le monde.
  • Vous êtes sous les tropiques, nombre de lieux très agréables en profitent également.
  • Vous avez un nom de ville qui se termine par « ville », c’est le cas de milliers, voire de millions d’autres.
  • Vous vous sentez tiraillés par le manque de moyens financiers, comme tout le monde !
  • Vous traitez les « étrangers » avec condescendance et une forme d’hostilité soi-disant assumées, cela va de soi lorsque l’on tient les choses pour acquises.

Prenons le guest ; c’est vraiment le statut qui permet de réaliser l’appropriation que se font les aurovilliens d’Auroville. Auroville est un clan de personnes qui se sentent privilégiées, et malgré que maintes constitutions à travers le monde, au cours des deux siècles et demi passés, aient institué l’abolition des privilèges, y compris en Inde avec la destitution des Maharadjas au milieu du 20ème siècle, et bien ce statut semble persister ici…

Le « guest » paye tout plus cher que les aurovilliens, et en prime on l’appréhende avec méfiance, voire défiance. Les tamouls qui ont accédé au rang( ?) d’aurovilliens, se voient dotés d’un bien meilleur niveau de vie, ce qui est à priori une bonne chose, mais beaucoup développent alors de l’arrogance, et encore une fois, c’est le guest qui en pâtit le plus : on se permet de lui poser des questions indiscrètes sans ménagement, et le considère à priori comme un envahisseur qu’il faut dépouiller le plus vite possible afin qu’il puisse repartir faire le plein de devises pour les ramener plus tard. De toutes les façons, Auroville est à mon sens, pour les Tamoul, simplement la possibilité d’une vie meilleure, au sens économique…

Tout cela n’est pas méchant, même si certains ont vraiment profité et se sont(ou continuent à...) considérablement enrichis grâce à Auroville. La plupart ne vivent pas comme des cadors, mais la charte et tout le reste leur passent complètement au dessus du cigare…alors ils vous disent qu’ils travaillent pour le « divine », et la conscience est saine et sauve, mais tout cela fait qu’un état d’esprit individualiste prédomine, et contribue à l’établissement d’une société comme les autres, où le « chacun pour soi » est fatalement de rigueur…Du coup, comme il faut contrebalancer, des institutions voient le jour au sein d’Auroville, pour contrôler, et réprimander le cas échéant. A la fin, ici comme ailleurs, on fouille vos poches…

Cela va sans dire, Auroville n’est absolument pas « welcoming », exactement par le fait que beaucoup se la sont approprié, et ont ainsi progressivement désintégré la charte initiale. Quoi que vous fassiez, c’est cela qui vous saute à la figure après un court séjour ici : la charte (« Auroville n’appartient à personne en particulier mais à l’humanité dans son ensemble… ») est la grande absente. Partout on vous rappelle que la propriété, la spéculation et l’individualisme (communautaire ?) ont désormais cours officiel. Tout ceci est devenu une vaste fumisterie, un village vacances doublé d’une superbe machine à fric.
Non seulement c’est un lieu de villégiature pour retraités, rentiers ou gagnants du loto du monde entier, mais aussi plus simplement des touristes indiens et en premier lieu des habitants de Pondichéry qui se prennent leur hôtel le week-end pour se mettre au vert.

Certaines personnes ont bien cerné le phénomène, ils disent justement que le rôle d’un « guest-house »(littéralement « maison d’hôte ») est d’offrir le gîte et éventuellement le couvert. Or il faut voir comme certains guest-houses rivalisent de luxure et de prestations de services(ménage, blanchisserie, internet, vélos, scooters, massages, excursions…)et de s’enorgueillir à qui versera la plus forte participation mensuelle à Auroville(c’est une course à quoi au juste ?), pour un prix de nuitée franchement exorbitant. C’est bien simple, certains refusent officiellement les personnes avec enfants, pour préserver la quiétude de leurs clients, tout est dit !

Ici, on rencontre beaucoup de personnes qui ont senti un « appel », souvent suite à la lecture d’ouvrages de Mère ou Aurobindo, tout plaqué ou presque dans leur pays d’origine, et après deux ou trois mois, on les retrouve complètement hagards, ne sachant plus quoi penser de l’endroit. Et lorsqu’ils sont venus seuls, ils frisent souvent la dépression après cette période ; quoi de plus normal, il s’agit d’un « hold-up » mental. Entre le message affiché via la communication extérieure, et la réalité constatée sur place, il n’y a plus aucune cohérence. En fait, on se reprend en pleine figure tous les schémas qui constituent aujourd’hui la prison mentale qu’est devenu l’occident, en pire puisque l’Inde, avec ses taux de croissance des dernières années, se voit de plus en plus dotée d’un fort pouvoir d’achat, et les aurovilliens, finalement, finissent logiquement par rechercher à s’indexer sur ce pouvoir d’achat.

 

 

En fait, ils ne pensent qu’aux moyens d’obtenir de l’argent, alors qu’ils sont déjà soutenus et subventionnés de toutes parts(gouvernement indien, UNESCO, donations privées…), ne comprenant donc pas qu’à chaque fois qu’ils acceptent des financements, ils se placent d’eux même en situation d’otages : par exemple, de fortes donations privées étaient accordées à la condition de participer à la construction du Matrimandir, alors qu’aujourd’hui, il est flagrant que bien des secteurs étaient plus urgents, tel le logement qui manque si cruellement ici, mais au nom de la gloire et de l’orgueil, on plie face à la bêtise…) Est-il si difficile de considérer que l’énergie humaine peut accomplir ce qu’il y a à faire dans la matière ? Remettant ainsi au premier plan l’essence de l’humanité qui est le partage, chacun donnant de soi pour créer dans l’harmonie, des choses durables. Non, au lieu de cela on ne demande que votre argent, bafouant toute l’énergie de l’espoir et du sacrifice que vous aviez amenée avec vous, pour construire un monde plus simple, d’amour…

La spiritualité a déserté cette lande, car ses habitants ne cherchent plus à s’épanouir, ils ne sont plus dans une attitude d’ouverture, d’ailleurs, certains sont ouvertement ici sans jamais l’avoir cherché. Mais s’il y a tant de parasites, c’est bien parce que des forces « basse fréquence » y ont trouvé un terreau fertile pour s’y développer et prendre insidieusement le contrôle de l’ensemble. Et on laisse faire au nom de la liberté de chacun. Mais cet endroit n’est pas fait pour expérimenter les vibrations les plus basses, les états d’âme et les émotions les plus primaires, cela peut être vécu partout ailleurs sur la planète. Non, cet endroit a été investit il y a maintenant 42 ans presque jour pour jour, par une énergie considérable qui est celle du rêve de Mère, dont la paternité incombe à Aurobindo. Regardez bien comme vous la piétinez aujourd’hui, au nom de la pseudo évolution…la voie que vous êtes en train de suivre ne permet plus à ces vibrations haute fréquence de pouvoir prendre forme dans la matière.

Tous, vous donnez libre cours à vos plus vils instincts car il faut soi-disant y passer. Je suis d’accord avec le fait de devoir expérimenter toutes les basses vibrations pour les intégrer et les dépasser, mais dans ce cas, allez faire cela ailleurs et revenez lorsque vous serez prêts, cessez de polluer cet endroit par souci de confort et de facilité. De toutes les façons, un aurovillien responsable devrait comprendre par lui-même qu’il lui faut quitter sa ville régulièrement, peut-être tous les 3 ou 4 ans, afin d’aller faire une « mise à jour » et rester connecté avec le reste du monde ; ils ne le font pas, alors s’endorment gentiment et déclenchent régulièrement des disputes de cour d’école pour se réveiller un peu…

En parlant d’éducation, c’est comme avec les enfants, à les laisser totalement libres, on les gâte. La plupart des gens continuent à scinder l’âme et la matière, ils pensent encore que la spiritualité passe par un renoncement à la matière, voire par un rejet hostile. Mais si l’enfant doit être cadré, c’est bien parce que dans sa jeunesse, il lui faut appréhender les limites, et celles-ci n’existent que dans le mental et la matière. En voulant les laisser appréhender seuls, on rate la première partie de l’enseignement, car un humain parfait est un être qui porte en lui toutes les vibrations de l’univers, les plus hautes comme les plus basses, qui finalement se valent. Et en laissant des personnes cultiver leur ego en toute puissance et impunément, sur le sol du rêve, vous polluez pour longtemps votre propre terre, alors ne vous étonnez pas des conséquences stériles. Je vous entends déjà dire que rien n’est stérile et que tout est parfait dans un plan divin, et que si les choses arrivent, c’est qu’elles doivent arriver…Oui mais attention ! Tout ce qui arrive ici est déjà arrivé ailleurs, et lorsque l’on répète la même erreur, c’est que l’on ne veut pas comprendre.

En ce matin du 28 février 2010, lever 5h00. Méditation dans les jardins du Matrimandir à 5h30, en guise de célébration de l’anniversaire de la cité de l’aurore ; quelques aurovilliens mais surtout beaucoup d’absents à leur propre fête, une grande majorité de guests et d’indiens…Auroville, symbole désincarné ?

Je donne 5 ans, 10 maximum à Auroville, avant que l’état indien ne renvoie gentiment tout le monde chez soi (à part les collabos bien sûr, car il y en a déjà…). Et ce pour une simple raison : vous avez laissé la corruption vous atteindre, voiler vos cœurs, affermir votre mental et diriger vos actions. Lorsque le taux vibratoire sera mûr, l’affirmation des forces en action se matérialisera par une prise de pouvoir officielle, et ce, grâce au laxisme ambiant. Et Auroville deviendra une vitrine touristique de plus pour l’Inde. Essayez simplement de vous mettre dans la tête d’une nation composant le 6ème de la planète, avec pour vrai concurrent, la Chine…quels objectifs à terme ?

 

PS : désormais, rendez service aux gens du monde pour qui espoir, partage et amour veulent encore dire quelque chose ; ne faites plus semblant de les inciter à venir par une propagande mensongère et surtout hypocrite, car vous ne rêvez que de rester entre vous, demandez-leur simplement de vous envoyer des dons… 

Ci-gît Auroville, décédée en 1973, l’année de la mort de Mère, et de ma naissance…

Jérôme TESTOLIN, Auroville, 28 février 2010

 

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Le Lundi 01 Mars 2010
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